L’histoire d’un petit garçon
- Véronique Gindrat
- 3 juin 2022
- 4 min de lecture
Aujourd’hui, je vais vous raconter l’histoire d’un petit garçon pour qui la vie n’a pas été facile. Né dans une famille apparemment sans histoires, il est néanmoins celui du milieu, la place la plus difficile paraît-il. C’est du moins ce qui disait ma sœur qui était aussi du milieu. Un petit gars lumineux, souriant mais avec un fort caractère avant même de savoir parler…À l’école enfantine, ce petit mec à la fois attachant et déstabilisant a rencontré ses premiers problèmes de socialisation. Maladroit pour entrer en contact avec ses pairs, il tapait, bousculait, ne sachant pas trop comment s’y prendre pour attirer l’attention et communiquer. Fort heureusement, il a eu une maîtresse en or qui a su le comprendre et l’apprécier. Tout au long de son cursus scolaire, il a rencontré différents enseignants qui soit l’adoraient, soit le détestaient, quand bien même un enseignant ne devrait pas faire de différence. Les profs qui ont su le comprendre ont énormément compté pour cet enfant qui les a vénérés. Les copains, il en a eu tout plein, mais pas de vrais amis. Très cultivé, à l’aise dans le verbe, toujours partant pour faire des trucs, ce petit gars a été bien entouré par ses copains, mais parfois la relation avec certains enfants un peu décalés par rapport à lui était difficile. Il semblerait que cet enfant était un enfant dit « à haut potentiel », ce qui le mettait parfois en décalage avec d’autres. Il se sentait différent, maladroit dans son corps, trop envahi par ses pensées.
Dans sa famille ce ne fut pas toujours facile. Malgré une grande soeur patiente, il a dû accueillir un petit frère envahissant…malgré l’amour de ses parents, il n’a pas toujours été compris. Malgré la patience de sa maman, certains débordements n’ont pas toujours été bien perçus par son papa. Ce petit garçon ne comprenait pas pourquoi son papa s’en prenait à lui et voulait absolument lui faire faire des choses qui n’avaient aucun sens pour lui, il ne comprenait pas les cris, les insultes et les mots rabaissant qu’il ressentait comme des coups qui lui étaient portés. Il se sentait nul et mal aimé. Il souffrait d’entendre les critiques. Il voyait bien que sa maman essayait de le défendre mais papa ne comprenait pas et alors ses parents se disputaient. Il se sentait coupable.
Un jour, ses parents se sont séparés. Cela faisait un moment qu’il voyait sa maman triste, parfois il la surprenait en train de pleurer. Il ne comprenait pas pourquoi mais cela lui faisait peur car il sentait qu’il se passait quelque chose. Au moment de la séparation, son papa s’est rapproché de lui et des autres enfants…il devenait ce père dont il avait toujours secrètement rêvé : disponible et compréhensif…alors il s’est mis à le vénérer. Son papa disait beaucoup de choses tristes et mal sur sa maman, mais comme ce petit garçon était tout heureux d’avoir ce « nouveau » papa, il ne voulait surtout pas lui déplaire, alors il faisait tout comme papa disait, croyait tout ce que papa disait et il s’est distancié de sa maman. Tout à son nouveau bonheur, il n’a pas vu les énormes souffrances de sa maman et puis, peut-être que si, mais elle avait été si méchante avec son papa, du moins, c’est ce que son papa disait, que finalement, c’était peut-être papa qui avait raison après coup ?
Les mois et les années passèrent. Sa maman était toujours pareille, fidèle à elle-même. Parfois triste, parfois joyeuse, mais toujours là quand on avait besoin d’elle et surtout, patiente et compréhensive. Son papa par contre, était redevenu comme avant. Le petit garçon a grandi, est devenu un ado. Il a eu d’autres besoins que son papa n’a pas compris Papa criait tout le temps, c’était un stress énorme pour ce garçon, papa ne lui faisait pas confiance, papa l’accusait de choses fausses, papa se faisait des idées et il inventait des histoires. C’était sûrement parce qu’il est inquiet pour son fils et se sentait impuissant et en échec dans son rôle de père…mais le jeune ado ne supportait plus cette situation. Maman, le pilier stable de la famille était toujours là, aimante, tolérante mais avec un cadre et des exigences que le garçon essayait toujours de négocier. Elle faisait du mieux qu’elle pouvait et le garçon devenu ado était très heureux d’être avec sa mère. Il l’aimait et le lui disait. À ce moment-là, cette maman était certainement la plus heureuse du monde. Elle avait tenu le coup face à toutes les attaques mesquines d’un homme effondré qui n’avait pas eu la maturité d’assumer ses actes, qui avait manipulé et utilisé ses propres enfants contre leur mère. Mais les enfants ont des ressources inimaginables et une intelligence instinctive qui les guide. Aujourd’hui, ce garçon ne veut plus voir son père, ne veut plus lui parler. Il a ses raisons que la mère peut comprendre mais elle trouve cela triste et elle espère qu’ils réussiront à renouer. Cette femme pourrait jubiler et profiter de cette situation nouvelle, mais elle se bat pour que son fils renoue avec son père car elle pense avant tout (et comme toujours auparavant) à l’intérêt et au bien de ses enfants avant tout. Cette histoire m’a touchée car j’ai aussi eu une rupture avec mon père mais lui ne m’a jamais insultée, ni rejetée, ni accusée de choses ignobles. C’est juste la vie et le divorce de mes parents qui nous a amenés là. Cette histoire n’est pas triste, elle est une réalité parmi d’autres, c’est tout. Et j’avais envie de la partager. Dans mon travail, je vois des jeunes qui ont des parcours de vie bien plus chaotiques. À nous les adultes impliqués d’essayer de faire en sorte de les aider. À nous les parents d’essayer d’être adultes.



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